Les tumeurs malignes de l’appareil unguéal, sont des pathologies rares mais aux enjeux fonctionnels réels. Un retard diagnostique et une progression de ces lésions peuvent entraîner des conséquences fonctionnelles significatives, pouvant aller jusqu’à l’amputation d’une ou de plusieurs phalanges. En fonction de l’agressivité et de l’envahissement tissulaire, plusieurs prises en charge thérapeutiques existent. En présence d’une tumeur maligne non infiltrante (in situ), un traitement conservateur est préconisé. Parmi les options thérapeutiques disponibles figure l’exérèse totale de l’appareil unguéal (ETAU) suivie d’une cicatrisation dirigée ou d’une greffe de peau totale (GPT). Bien que l’ETAU soit la stratégie thérapeutique recommandée par les Centres de référence pour les lésions malignes non infiltrantes, ses résultats fonctionnels, subjectifs et esthétiques sont peu documentés.
Une étude rétrospective monocentrique a été menée auprès des patients du CHU de Tours. Les patients majeurs, opérés entre 2015 et 2024 d’une ETAU suivie d’une GPT pour néoplasie de l’appareil unguéal de type carcinome épidermoïde de l’appareil unguéal (CEAU), mélanome in situ ou nævus atypique ont été inclus. Le recul clinique minimal était de 12 mois. Les informations recueillies incluaient les données issues de l’examen clinique, des questionnaires de satisfaction (EVA), d’évaluation de la douleur (EVA, DN4), de la fonction (QuickDASH) et de la qualité de vie (MHQ).
Dix patients ont été inclus. L’âge moyen était de 53 ans, avec un recul moyen de 50 mois. Le score moyen de satisfaction globale et le score moyen d’évaluation esthétique était respectivement de 9/10 et de 8/10. Le score Quick DASH moyen était de 14/100, et le score de qualité de vie MHQ moyen de 84/100. Huit patients ont présenté au moins une complication sur la zone d’exérèse et de greffe (deux kystes, une repousse unguéale, deux récidives), avec un taux de reprise chirurgicale de 40 %. Une douleur neuropathique était retrouvée chez 6 patients. Enfin, la moitié des patients avaient des complications cicatricielles sur la zone donneuse.
Malgré un résultat fonctionnel et une satisfaction élevée, la fréquence des complications et des douleurs neuropathiques souligne la nécessité d’un suivi et d’une prise en charge postopératoire spécifiques ainsi que d’une information adaptée au patient. Le respect des marges d’exérèse, une technique de suture rigoureuse et une rééducation sensitive précoce apparaissent essentiels pour limiter les séquelles.
Ces pathologies, peu communes, et le nombre très limité d’études relatives à ce type de chirurgie justifient l’intérêt de travaux multicentriques pour confirmer ces résultats.
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