Parmi les complications rares des ostéosynthèses internes des fractures diaphysaires des os de l’avant-bras, l’incarcération tendineuse est rarement décrite. Nous rapportant le cas exceptionnel d’une incarcération iatrogène du flexor pollicis longus (FPL) survenue lors de l’ostéosynthèse interne par plaque vissée d’une fracture du radius.
L’objectif est d’attirer l’attention sur cette complication iatrogène exceptionnelle, souvent diagnostiquée tardivement et sur les modalités de sa prévention.
Un bijoutier de 30 ans, droitier, consulte pour une déformation du pouce gauche installée 10 ans auparavant, immédiatement constatée dans les suites opératoires d’un traumatisme de l’avant-bras. Prise pour un syndrome neuro-algo-dystrophique (SNAD), longtemps rééduqué en vain.
Le pouce est logé dans la paume de la main, déformé en flessum, adductum et opposition, irréductibles avec une tension douloureuse en corde d’arc du long fléchisseur. Une cicatrice disgracieuse d’un abord antérieur de l’avant-bras type Henry attire notre attention, la flexion passive ou active du poignet permet la déflexion des articulations interphalangienne et métacarpo-phalangienne du pouce rappelant l’effet ténodèse en flexion des extenseurs.
L’imagerie standard et l’échographie confirment la présence d’une plaque d’ostéosynthèse antérieure du radius diaphysaire consolidé, sous laquelle le FPL est pris.
Par abord antérieur itératif nous procédons à l’ablation laborieuse de la plaque, avec libération du corps charnu du FPL atrophié et de son tendon. On obtient une déflexion immédiate du pouce.
Les suites opératoires étaient simples, avec récupération de la pince pollicidigitale et reprise progressive de l’activité artisanale. Patient satisfait au dernier recul de cinq ans.
Complication iatrogène exceptionnelle non décrite, la revue de littérature retrouve essentiellement des ruptures de l’extensor pollicis longus, rarement du flexor pollicis longus après synthèse par broches ou plaque palmaire des fractures du radius distal, elle réalise faussement un tableau de pseudo-Volkmann ou de raideur interphalangienne ne répondant pas aux mesures fonctionnelles et symptomatiques du SNAD. Facilement évitable par la réalisation de voies d’abord soigneuses et minutieuses, l’utilisation d’écarteurs adaptés et la vérification tout au long de l’intervention du respect des masses musculaires, des tendons et des structures vasculonerveuses. L’invalidité qui en résulte est d’autant plus grave qu’elle survient chez un travailleur manuel par perte de la pince fine pollicidigitale et de la préhension forte.
L’incarcération du FPL sous le matériel d’ostéosynthèse est une complication iatrogène grave, exceptionnelle, non décrite, invalidante car elle exclue le pouce et handicape la main. Sa prévention passe par une bonne connaissance des voies d’abord, le respect des temps opératoires et une technique d’ostéosynthèse rigoureuse.
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